Panslavisme, Neoslavisme, on parle de nous! (Gagarine Times)
Par Gilles-Emmanuel Jacquet, Gagarine Times n°25
Apparaissant comme une pensée politico-culturelle du passé, le panslavisme n’a pas pour autant disparu et conserve une certaine diversité autant par ses sources que son contenu ou ses orientations.
Défini au cours du XVème siècle par un Croate du nom de Vinko Pribojevic et approfondi par le moine croate Juraj Krizanic au XVIIème siècle, ce système de pensée sera repris au XIXème siècle par divers penseurs russes comme Nikolaï Danilevski ou Rostislav Fadeyev.
Fortement lié à partir de cette période à sa source russe et mettant en avant le rôle dirigeant de la Russie, le panslavisme se diversifiera cependant, au point que le premier Congrès Panslave organisé à Prague en 1848 et présidé par Frantisek Palacky appela à l’émancipation des Slaves vivant sous domination autrichienne, tout en se montrant plutôt anti-russe. En se diffusant dans de nombreux pays slaves, le panslavisme varia dans son contenu en fonction du rapport du pays concerné avec la Russie. Ainsi, suite à l’invasion soviétique de la Pologne ou à la répression du Printemps de Prague en 1968, Polonais et Tchèques verront-ils dans le panslavisme, et plus particulièrement dans sa source russe, un outil de l’impérialisme grand-russe. Ayant influencé la formation de la Yougoslavie royale, mais aussi communiste, l’idéal panslave, notamment de source russe, reste un facteur de structuration des étroites relations développées entre Russie, Bulgarie, Serbie et Bélarus. En Tchéquie, l’idéal panslave influença Miroslav Tyrs et Jindrich Fügner, qui fondèrent le mouvement de gymnastique patriote Sokol en février 1862. S’investissant aussi dans des activités culturelles, le Sokol sera très présent parmi l’émigration tchèque et son modèle s’étendra à d’autres pays slaves comme la Pologne, la Slovénie, la Serbie, la Macédoine, l’Ukraine et la Russie. En Pologne, l’idéal panslave inspira le prince Adam Jerzy Czartoryski puis le maréchal Józef Pilsudski dans leur projet de Fédération Miedzymorze. Ce projet, qui faisait appel au précédent de la République de Pologne-Lituanie, ainsi qu’aux tentatives avortées de créer une République de Pologne- Lituanie-Moscovie, fut l’un des plus originaux, dans la mesure où il appelait à une union des différents Etats slaves, sans rejeter pour autant la Hongrie et la Roumanie : bien au contraire, cette union était pensée comme un moyen de résoudre les antagonismes magyaro-roumain et magyaro-slave. Reprise de nos jours par différents mouvements nationalistes ou néoeurasistes en Russie ou en Serbie, l’idée panslave n’est pas monolithique et est perçue ou formulée de manière variable selon les pays. Certains mouvements continuent de perpétuer des rivalités historiques entre Slaves, alors que d’autres, comme Slavicis, fondé à Genève par un étudiant polonais, cherchent au contraire à dépasser ces clivages (notamment entre Slaves catholiques romains et Slaves orthodoxes). Servant de plateforme de promotion de la culture des divers peuples slaves, Slavicis prône aussi l’articulation de l’espace culturel slave avec les autres espaces identitaires européens.
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Vive le Neoslavism !!!
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